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One Health : pourquoi la santé de la nature, des animaux et des humains relève de la même évaluation

Comprendre la nature et la biodiversité 17 avril 2026

Le concept

One Health est un cadre qui illustre une idée simple mais puissante : la santé des écosystèmes, des animaux et des humains est profondément interconnectée. Dégradez l’une, et les autres suivent.

La déforestation accroît l’exposition humaine aux maladies zoonotiques — des travaux de recherche ont relié la perte récente de forêts à 25 des 27 foyers d’Ebola, dont l’épidémie de 2013 en Afrique de l’Ouest, partie d’une zone déboisée de Guinée. Parallèlement, la pollution révèle à quel point les frontières environnementales et sanitaires se recouvrent : dans la « Vallée de la chimie » française, près de Lyon, plus de 200 000 habitants ont été exposés aux PFAS, ces « polluants éternels » désormais détectés dans l’eau, les sols et les aliments sur plus de 23 000 sites en Europe. Ce ne sont pas des problèmes distincts. Ce sont les facettes d’un même système.

Le concept n’est pas nouveau. Il est porté depuis plus de dix ans par l’OMS, la FAO et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Mais il est resté largement cantonné à la recherche en santé publique. Dans le monde de la durabilité des entreprises et de la finance, le « risque nature » reste très majoritairement synonyme de perte de biodiversité — un seul pied d’un tabouret qui en compte 3.

Diagramme de Venn du concept One Health : santé animale et végétale, santé environnementale et santé humaine se recoupant au centre.
Le concept One Health : santé des écosystèmes, des animaux et des humains comme un seul système interconnecté.

Les lacunes dans les données

Aujourd’hui, quiconque cherche à évaluer l’exposition One Health à l’échelle d’un portefeuille ou d’une chaîne d’approvisionnement se heurte à 3 lacunes structurelles :

1. Santé des écosystèmes : de mieux en mieux couverte, mais cloisonnée.

La science de la mesure des impacts sur les écosystèmes a gagné en maturité. Le cadre des pressions de l’IPBES est largement reconnu. Les principales métriques sont bien identifiées. L’analyse du cycle de vie (ACV) s’est imposée comme une approche clé pour évaluer les chaînes de valeur, en quantifiant les pressions et en s’appuyant sur des métriques agrégées complémentaires pour naviguer entre elles. La Fraction Potentiellement Disparue d’espèces (PDF), par exemple, estime la part d’espèces potentiellement perdues par unité de surface dans le temps, tandis que d’autres indicateurs suivent l’évolution de l’abondance moyenne des espèces ou la perte absolue d’espèces. Des couches de données spatiales permettent de replacer les impacts dans leur contexte local. Les frontières qui restent à franchir — espèces invasives, pressions marines — connaissent elles aussi des progrès notables.

Le pilier de la santé des écosystèmes est le plus avancé des 3. Mais il reste déconnecté des 2 autres.

2. Les impacts sur la santé humaine sont déjà bien mesurés, mais la donnée produite est mobilisée dans d’autres contextes.

Les mêmes cadres d’ACV qui produisent des métriques de biodiversité produisent aussi des indicateurs de santé humaine — exprimés en années de vie corrigées de l’incapacité (DALY) — une métrique qui agrège les années de vie perdues et les années vécues avec une incapacité en un score unique de charge sanitaire, de la même manière que les métriques d’écosystème agrègent la perte d’espèces en un score unique d’impact sur la biodiversité. Impact World+ v2.1, par exemple, fournit des facteurs de caractérisation pour 8 catégories intermédiaires (midpoints) : toxicité humaine (cancérigène et non cancérigène), formation de particules fines, formation d’ozone photochimique, rayonnements ionisants, appauvrissement de la couche d’ozone, rareté de l’eau et changement climatique. Ces indicateurs sont calculés à partir des mêmes données d’inventaire de cycle de vie (ICV). Ils sont présents dans les modèles. Ils ne sont simplement pas mis en évidence.

3. La santé animale est peu couverte.

Le risque de débordement zoonotique (spillover), la prévalence de l’antibiorésistance, la charge de morbidité du bétail — tout cela est suivi par des agences de santé publique (WHO GLASS, notifications de maladies de l’OMSA, cartes de spillover d’EcoHealth Alliance), mais n’a été intégré dans aucune plateforme de durabilité d’entreprise ou de risque financier. Il n’existe aucune manière standardisée de relier l’empreinte de la chaîne d’approvisionnement d’une entreprise à ses effets sur la santé animale.

Résultat : les briques d’une évaluation One Health existent — données d’ACV, couches spatiales, indicateurs de santé, jeux de données de santé publique — mais elles demeurent dans des silos séparés. La véritable lacune ne se situe pas à l’intérieur de chaque pilier. Elle se situe entre eux.

Comment Darwin change la donne

Darwin couvre déjà la santé des écosystèmes via plusieurs méthodes d’impact (ReCiPe, Impact World+, GLOBIO), une analyse de risque spatialisée (plus de 30 indicateurs rattachés à des géographies) et une évaluation à l’échelle du site. Cette infrastructure — une colonne vertébrale d’ACV quantitative connectée à des données spatiales et à des cadres de risque — est précisément ce qui rend possible l’intégration de la santé humaine et animale sur une même plateforme.

Santé humaine : déjà en cours d’intégration. Darwin intègre les résultats de santé humaine d’Impact World+ v2.1 aux côtés de ses indicateurs existants de qualité des écosystèmes. Les mêmes données d’ICV qui produisent une empreinte nature produisent désormais aussi des scores intermédiaires (midpoint) et de dommages fondés sur les DALY, sur 8 catégories de santé. Aucune nouvelle collecte de données n’est nécessaire : les facteurs de caractérisation sont appliqués à l’inventaire existant.

Cela signifie qu’une entreprise utilisant Darwin peut voir, pour un même produit ou fournisseur, à la fois la pression sur la biodiversité (PDF.m².an) et la charge sur la santé humaine (DALY) — ventilées par toxicité, particules fines, rareté de l’eau, et bien d’autres. Les 2 prismes partagent les mêmes données, mais racontent des histoires différentes.

Relier la santé au risque. Les métriques d’impact ne suffisent pas à elles seules. Les entreprises ont besoin de savoir où les impacts sanitaires se traduisent en risque financier. Des émissions de particules fines dans une région à la réglementation stricte sur la qualité de l’air portent un risque de transition. Des points chauds de toxicité humaine à proximité de zones d’application de la réglementation sur la sécurité chimique créent une exposition de conformité. Les impacts de rareté de l’eau dans des régions en stress hydrique aggravent à la fois le risque opérationnel et le risque réputationnel.

Le cadre de risque de Darwin — qui rattache déjà les risques de transition et physiques liés à la nature à des géographies — s’étend naturellement aux risques sanitaires en reliant les midpoints de santé humaine à des cadres réglementaires (CSRD ESRS E2 sur la pollution, plan d’action « zéro pollution » de l’UE) et à des couches de risque spatialisées.

La voie vers un One Health complet. Le troisième pilier — la santé animale — s’appuie sur la même infrastructure spatiale. Darwin intègre déjà des jeux de données sur les points chauds de spillover zoonotique (EcoHealth Alliance), l’antibiorésistance (WHO GLASS) et les notifications de maladies du bétail (OMSA) comme indicateurs de proximité dans l’analyse au niveau du site — la même approche que pour les zones sensibles pour la biodiversité. La chaîne causale entre l’activité d’une entreprise et ses effets sur la santé animale est plus difficile à quantifier que pour la santé des écosystèmes ou la santé humaine, mais les premières couches sont en train d’être reliées.

La valeur de l’intégration

Qu’est-ce qui change lorsque santé des écosystèmes, santé humaine et santé animale se trouvent mesurés sur une même plateforme ?

Une visibilité transversale aux 3 piliers. Une seule matière première — disons du soja issu d’un front de déforestation — génère une empreinte nature, une charge sur la santé humaine liée à la toxicité des pesticides, et une exposition au spillover zoonotique. Aujourd’hui, ces signaux vivent dans des rapports différents, des outils différents, des équipes différentes. Les réunir change la conversation business : une décision d’approvisionnement qui paraît acceptable du seul point de vue de la biodiversité peut porter une responsabilité sanitaire inacceptable — ou l’inverse. Un profil de risque intégré permet une allocation mieux informée des coûts, des revenus et des ressources d’atténuation.

Des données partagées, sans duplication. Le même inventaire de cycle de vie alimente à la fois les indicateurs de qualité des écosystèmes et de santé humaine. Les mêmes couches spatiales qui signalent les zones sensibles pour la biodiversité peuvent signaler les zones de risque zoonotique. Pour les entreprises, cela veut dire aucune collecte de données parallèle, aucune sollicitation redondante des fournisseurs — un seul jeu de données répond à plusieurs obligations de reporting (CSRD, TNFD) et aux processus de risque internes, réduisant à la fois le coût et le délai de mise en œuvre.

Une priorisation cohérente. Lorsqu’une entreprise se demande « où devons-nous agir en premier ? », la réponse doit refléter toutes les dimensions du risque. Un site faiblement noté sur le risque biodiversité mais fortement exposé à la toxicité humaine ne devrait pas disparaître de la liste des priorités simplement parce que santé et nature sont évaluées dans des systèmes différents. Une priorisation intégrée prémunit contre les angles morts — et aide les entreprises à allouer des budgets limités là où la réduction globale du risque est la plus forte, renforçant la résilience opérationnelle sur tous les fronts.

Pourquoi c’est d’autant plus important maintenant

La pression réglementaire converge vers le nexus One Health. Le plan d’action « zéro pollution » de l’UE cible la pollution de l’air, de l’eau et des sols, avec des liens explicites vers les effets sur la santé humaine. La directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD), à travers sa norme européenne ESRS E2, exige des informations sur la pollution qui vont au-delà des gaz à effet de serre. Le cadre de la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD), bien que centré sur la nature, fait de plus en plus référence à l’interdépendance entre services écosystémiques et bien-être humain.

Pour les institutions financières, les implications sont directes : l’exposition d’un portefeuille à la dégradation de la nature est aussi une exposition aux effets sur la santé humaine — et aux risques réglementaires, contentieux et réputationnels qui en découlent. Évaluer ces dimensions séparément sous-estime le risque réel.

One Health n’est pas un concept théorique vers lequel tendre. C’est un défi de mesure concret — et les outils pour le relever sont plus proches que la plupart ne le pensent. Le socle, c’est une évaluation d’impact quantitative et multi-méthodes, connectée aux données spatiales et au contexte réglementaire.


Cet article constitue la partie 1 d’une série en 2 volets. Nous y avons posé le cadre et dressé le paysage des données. Dans la partie 2, nous le mettrons en pratique — en menant des analyses One Health sur des portefeuilles et des chaînes d’approvisionnement réels avec Darwin, et en montrant à quoi ressemblent les enseignements transversaux lorsque les données de santé des écosystèmes, humaine et animale sont placées côte à côte.

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