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Risques nature : au-delà des sites, au-delà du carbone.

Évaluer les impacts et risques liés à la nature 12 février 2026

Cet article a été rédigé avec l’un de nos partenaires, PwC, à la suite d’un webinaire que nous avons animé ensemble sur le sujet.

Pendant des années, le risque environnemental a été abordé à travers un prisme étroit : le carbone, le climat, et — lorsqu’il était question de risque nature — souvent à l’échelle du site. Mais les risques liés à la nature vont bien au-delà des émissions de GES ou d’actifs isolés. Ils sont systémiques, interconnectés et profondément ancrés tout au long des chaînes de valeur.

Comprendre les risques nature suppose de dépasser les évaluations statiques et d’adopter une approche plus complète et prospective — une approche qui intègre les dépendances, les impacts, l’exposition financière actuelle et les chocs potentiels futurs, mais aussi les opportunités.

Poser le décor : qu’entend-on par « risques nature » ?

Les risques nature sont liés à l’exposition des activités économiques d’une organisation à la dégradation des systèmes naturels et aux réponses de la société qui s’ensuivent. Une vision robuste du risque nature doit donc être à 360°, couvrant la santé des sols, la déforestation, la pollution, la perte de biodiversité et la perturbation des écosystèmes ; et inclure à la fois les risques physiques et de transition.

Risques physiques : les dépendances aux services écosystémiques

Les risques physiques découlent des dépendances aux services écosystémiques (= les bénéfices gratuits que la nature apporte aux activités économiques). Ces services se répartissent généralement en 3 catégories :

  • Services d’approvisionnement (ex. : bois, eau, minéraux)
  • Services de régulation et d’entretien (ex. : pollinisation, régulation de l’eau, régulation du climat)
  • Services culturels (ex. : tourisme, paysages tels que les récifs coralliens)

Lorsque les systèmes naturels se dégradent, leur capacité à fournir ces services diminue, menaçant directement la continuité d’activité. Selon la Banque centrale européenne, « 72 % des entreprises européennes sont fortement dépendantes de la biodiversité », ce qui en fait un enjeu systémique plutôt qu’une préoccupation de niche.

Par exemple, un cas tiré du portefeuille clients de PwC : dans le secteur des télécommunications, les entreprises dépendent fortement des minéraux critiques pour leurs composants électroniques. La demande de lithium devrait être multipliée par 13 entre 2021 et 2040 (AIE). Cela crée un risque physique lié à la nature bien réel : contraintes d’approvisionnement, inflation des coûts et perturbations potentielles pour les entreprises tributaires de ces matériaux.

Risques de transition : les impacts sur la nature

Les risques de transition découlent de la manière dont les entreprises impactent la biodiversité et les écosystèmes, et de la façon dont la société réagit à ces impacts. À mesure que la prise de conscience de la perte de biodiversité s’accroît, les entreprises font face à :

  • Une réglementation plus stricte (ex. : le RDUE / EUDR, qui introduit désormais des exigences rigoureuses de traçabilité et de devoir de vigilance pour les matières premières associées à la déforestation)
  • Une pression du marché de la part des investisseurs et des clients
  • Une pression sociétale, incluant l’activisme et les risques réputationnels. Pensons au débat autour de grands projets d’infrastructure tels que l’autoroute A69 en France, qui illustre comment des préoccupations de biodiversité peuvent se traduire en opposition sociale, recours juridiques et retards importants de projet.

Dans ce contexte, l’impact d’une entreprise sur la nature devient un indicateur indirect (proxy) de son exposition aux risques de transition futurs.

Mesurer l’exposition aux risques nature

L’exposition rend compte du degré de sensibilité d’une activité aux risques liés à la nature.

Exposition aux risques physiques

Elle dépend du niveau de dépendance aux services écosystémiques et de la présence d’opérations ou de fournisseurs dans des zones sensibles.

Exemple : une entreprise de logiciels peut sembler n’avoir aucune dépendance à la nature. Pourtant, son recours aux centres de données crée de fortes dépendances en amont vis-à-vis de la disponibilité de l’eau. Si ces centres de données sont situés dans des régions en stress hydrique, cette dépendance devient un risque physique matériel.

Exposition aux risques de transition

Elle dépend de l’ampleur et de la typologie des impacts sur la nature, ainsi que du contexte réglementaire, de marché et sociétal.

Exemple : un industriel agroalimentaire européen s’approvisionnant en cacao ou en café peut désormais être exposé à un risque clair de transition / de conformité au titre du règlement de l’UE sur la déforestation (RDUE / EUDR). Si ses fournisseurs ne peuvent fournir des preuves conformes de traçabilité et de géolocalisation attestant que les matières premières sont exemptes de déforestation, l’entreprise s’expose à des interdictions d’importation, des retraits de produits, des amendes et des perturbations de sa chaîne d’approvisionnement.

Du risque brut au risque net

Tandis que le risque brut reflète l’exposition inhérente, le risque net intègre la vulnérabilité dans son analyse. La vulnérabilité est définie, dans l’approche LEAP du cadre TNFD, par la probabilité de survenue du risque (souvent difficile à projeter pour la biodiversité) et par la capacité de l’organisation à l’atténuer ou à s’y adapter.

De la théorie à la pratique : à quoi cela ressemble-t-il concrètement ?

L’approche de Darwin sur le risque nature

Chez Darwin Data, l’analyse du risque nature s’articule autour de 4 prismes complémentaires :

  1. Cartographie du sourcing et de la chaîne de valeur. Nous établissons l’inventaire des matières premières et cartographions l’origine de chaque matière première, intrant et activité opérationnelle sur l’ensemble de la chaîne de valeur amont et directe. Les matières premières sont ensuite confrontées à certains cadres de risque (ex. : la SBTN High Impact Commodity List, le périmètre du règlement de l’UE sur la déforestation). Cette étape fait ressortir les biomes, écosystèmes et géographies de fournisseurs dont l’entreprise dépend.
  2. Identification des sites prioritaires. Chaque site ou entité géolocalisée est évalué selon 9 dimensions environnementales couvrant les principaux risques physiques et de transition. La matérialité est attribuée selon une approche à double signal : l’activité elle-même génère-t-elle un impact ou une dépendance significatifs sur cette dimension ; le site est-il situé dans ou à proximité d’une zone critique pour cette dimension, à l’aide de couches spatiales telles que les aires protégées, les fronts de déforestation, les cartes de risque pesticides, le stress hydrique et le risque d’inondation fluviale, avec des zones tampons calibrées sur l’aire d’influence de chaque activité selon l’UNEP-WCMC. La combinaison de ces 2 types d’analyse fournit des niveaux de matérialité, afin que l’attention du management se concentre sur les sites qui comptent réellement.
  3. Exposition financière aux risques nature. Nous répartissons l’indicateur financier de l’entreprise (chiffre d’affaires, EBITDA ou actifs) sur l’ensemble des 34 indicateurs de risque couvrant les opérations directes, la chaîne d’approvisionnement amont et la chaîne de valeur aval. Les activités sont décomposées à partir des données produits ou monétaires, rattachées à des secteurs pour obtenir une note de sévérité sur chaque indicateur, puis pondérées par leur contribution relative aux impacts et dépendances totaux. Chaque indicateur est caractérisé selon 2 axes : la sévérité (le risque nature intrinsèque de l’activité) et la proximité (le fait que les sites de l’entreprise se trouvent dans des zones géographiquement sensibles à ce risque spécifique, en s’appuyant sur le module sites prioritaires). Le résultat est une vision quantifiée, indicateur par indicateur, de la part de revenus exposée — le langage qu’utilisent les investisseurs, les directeurs financiers et les comités des risques pour allouer le capital.
  4. Nature Value-at-Risk — stress test prospectif à 2050. Nous appliquons aux chocs liés à la nature une logique de stress test analogue à la VaR financière. Des scénarios sévères mais plausibles sont construits autour de la dégradation des actifs naturels (stress hydrique, dégradation des sols, érosion de la biodiversité, détérioration de la qualité de l’air) ; pour chaque actif — bureau, usine, parcelle cultivée — les scénarios sont traduits en perturbations de production en fonction de la dégradation attendue des services écosystémiques dont l’activité dépend ; les chocs de production sont ensuite agrégés en pertes financières potentielles à l’échelle de l’actif, de l’entreprise et du portefeuille.

De l’exposition à l’action (point de vue de PwC)

Une fois les risques nature nets identifiés, l’objectif dépasse le reporting pour se concentrer sur l’action et la prise de décision :

  • Prioriser les risques nature en identifiant les sites et activités les plus exposés
  • Construire une stratégie nature alignée sur la stratégie de l’entreprise, intégrant tous les piliers environnementaux clés (eau, climat, sols) et évitant les arbitrages au détriment les uns des autres, conformément à l’approche Nexus de l’IPBES
  • Opérationnaliser la stratégie à l’échelle des sites et des activités, en mobilisant les parties prenantes internes et externes

L’objectif ultime est de co-construire des feuilles de route avec les parties prenantes, en transformant les enseignements sur les risques en leviers concrets de transformation.

L’analyse du risque nature ne consiste pas à ajouter une énième métrique ESG. Il s’agit de protéger (et potentiellement de créer) la valeur de l’entreprise dans un monde où les systèmes naturels sont sous pression. Aller au-delà des sites et au-delà du carbone n’est plus une option ; c’est le fondement de modèles d’affaires résilients et pérennes. Cela fournit aussi un cadre de décision pour prioriser les actions de protection et de restauration des actifs naturels, en aidant les entreprises à identifier les interventions qui génèrent des résultats gagnant-gagnant, à la fois pour les écosystèmes et pour la performance économique. En définitive, le nouveau rapport 2026 de l’IPBES souligne que « la perte de biodiversité est un risque systémique qui menace l’économie, la stabilité financière et le bien-être humain ».

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