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Risque nature au sein d’un portefeuille infra : un angle mort caché dans vos actifs

Évaluer les impacts et risques liés à la nature 6 avril 2026

Le risque nature dans les portefeuilles d’infrastructure n’est pas une préoccupation lointaine. Il est déjà présent au sein de vos actifs — dans leur localisation, leurs chaînes d’approvisionnement et leurs dépendances opérationnelles. La plupart des fonds n’ont pas encore de moyen systématique de le mesurer.

Les infrastructures sont exposées à la nature structurellement

Les actifs infra occupent de l’espace, consomment des ressources et interagissent avec les écosystèmes — plus que n’importe quelle autre classe d’actifs. Une station de traitement de l’eau dépend de la santé du bassin versant en amont. Un réseau routier traverse des zones humides côtières. Un centre de données puise dans des ressources en eau (qui peuvent être limitées) pour son refroidissement.

Ce n’est pas accessoire. C’est structurel. Les fonds d’infrastructure sont, par définition, des investisseurs dans des systèmes physiques qui s’inscrivent à l’intérieur de systèmes naturels. Le risque nature n’est donc pas une considération ESG périphérique : c’est une caractéristique fondamentale de la classe d’actifs.

Pourtant, la plupart des fonds d’infrastructure n’ont aujourd’hui aucun moyen systématique d’identifier, de mesurer ou de gérer le risque nature. Le screening nature, lorsqu’il existe, se limite généralement à la phase d’autorisation des actifs. Il couvre rarement les portefeuilles existants, l’exposition de la chaîne d’approvisionnement ou l’analyse de scénarios prospective. Et il ne produit presque jamais de résultats agrégeables à l’échelle d’un fonds. Cet écart commence à coûter cher.

3 canaux par lesquels le risque nature affecte les portefeuilles infra

1. Risque d’autorisation et de contentieux. Les actifs d’infrastructure sont, par nature, intensifs en foncier et nécessitent des autorisations. Les décisions de tracé, la proximité d’habitats et le voisinage d’aires protégées créent une exposition aux retards d’autorisation et — de plus en plus — au contentieux. Dans le seul secteur solaire, près des 2/3 des grands projets soumis à évaluation environnementale aux États-Unis ont fait l’objet de recours, contre 38 % pour l’éolien et 31 % pour les lignes de transport (Source : Environmental Law Reporter, 2023). Dans l’UE, la loi sur la restauration de la nature (Nature Restoration Law) est entrée en vigueur en 2024, obligeant les États membres à établir des plans nationaux de restauration — un tournant réglementaire qui durcira progressivement les critères de choix des sites pour les nouveaux développements d’infrastructure à l’échelle du continent.

2. Risque de dépendance opérationnelle. De nombreux actifs d’infrastructure dépendent directement des services écosystémiques pour fonctionner. L’hydroélectricité dépend du débit des rivières et de l’enneigement. Les infrastructures agricoles dépendent de la santé des sols et des pollinisateurs. Et ainsi de suite… Ces dépendances créent une exposition au risque physique. Non pas du fait d’un seul événement météorologique extrême, mais de la dégradation lente et cumulative des systèmes naturels qui sous-tendent l’exploitation. Un actif hydroélectrique dans un bassin en stress hydrique porte un risque qu’un modèle climatique standard sous-estimera, car les modèles climatiques saisissent les tendances de température et de précipitations, mais pas l’effet combiné du changement d’usage des sols en amont, de la charge sédimentaire et de la dégradation des écosystèmes.

3. Risque lié à la chaîne d’approvisionnement et aux matériaux. C’est le canal le plus sous-estimé, et le plus important. L’essentiel de l’empreinte nature d’un actif d’infrastructure ne se situe pas au niveau de l’actif lui-même. Il se situe en amont, dans la production des matériaux servant à le construire. Acier, ciment, cuivre, aluminium et terres rares portent tous des impacts nature significatifs, incorporés lors de l’extraction et de la transformation. Les travaux de recherche établissent de manière constante que plus de 50 % des pertes de biodiversité associées à la construction et aux infrastructures surviennent en amont, dans la chaîne d’approvisionnement — dans les mines, les carrières et les installations de transformation (Source : Environmental Science & Technology).

En résumé, les fonds d’infrastructure sont soumis à la fois à des risques physiques et de transition : un actif qui dégrade un écosystème (exposition au risque de transition) dépend souvent aussi de ce même écosystème pour son exploitation (exposition au risque physique).

Un tournant réglementaire pour les fonds d’infrastructure

4 évolutions réglementaires qui se chevauchent convergent en 2026 et affectent directement la manière dont les gérants d’actifs d’infrastructure doivent aborder le risque nature.

SFDR et publications PAI. Le reporting PAI (Principal Adverse Impact — principales incidences négatives) est obligatoire pour les gérants de fonds de l’UE de plus de 500 salariés depuis juin 2023. Les gérants de plus petite taille qui s’en étaient exemptés avec justification subissent désormais une pression croissante de leurs LP et du régulateur pour s’y conformer en pratique. Côté réforme, la SFDR 2.0 — actuellement en discussion — propose de supprimer les déclarations PAI au niveau de l’entité dans leur forme actuelle et de remplacer le système de classification Article 6/8/9 par de nouvelles catégories de produits. Mais la trajectoire de la publication liée à la nature, au niveau du produit, va vers plus de granularité, pas moins. Les fonds devraient se doter dès maintenant d’une capacité de données.

CSRD et double matérialité. Les grandes participations détenues par les fonds d’infrastructure — services aux collectivités, compagnies des eaux, exploitants énergétiques — sont de plus en plus soumises à la CSRD. Ces entreprises doivent mener des analyses de double matérialité au titre de l’ESRS E4 (Biodiversité) et de l’ESRS E3 (Eau), couvrant à la fois les risques financiers issus de la dégradation de la nature et les impacts propres de l’entreprise sur la nature. Pour les fonds d’infrastructure, cela signifie que leurs participations produiront des publications nature conformes à la CSRD, et que l’on attendra de plus en plus des gérants qu’ils exploitent, agrègent et répondent à ces données à l’échelle du portefeuille.

DNSH de la Taxonomie européenne et article 29 de la LEC. Pour les projets d’infrastructure visant l’alignement avec la Taxonomie — exigé pour un financement de la BEI ou pour une part croissante des cadres d’obligations vertes —, démontrer le respect du principe « Do No Significant Harm » (ne pas causer de préjudice important) sur l’ensemble des 6 objectifs environnementaux, dont la biodiversité et les écosystèmes, n’est pas négociable. Les fonds d’infrastructure français sont en outre soumis à l’article 29 de la loi Énergie-Climat, qui va au-delà de la SFDR en obligeant les investisseurs institutionnels à publier une stratégie biodiversité assortie d’objectifs explicites à 2030.

Le gain net de biodiversité (Biodiversity Net Gain, BNG). Au Royaume-Uni, le BNG obligatoire — qui impose à la plupart des nouveaux aménagements d’apporter un gain net de biodiversité mesurable de 10 % — est en vigueur en Angleterre depuis début 2024, et le régime mûrit rapidement. À la mi-2026, il est étendu et renforcé, sa portée atteignant progressivement les grands projets d’infrastructure d’intérêt national (NSIP), avec une attention croissante portée à la crédibilité et au suivi des gains effectivement réalisés sur le long terme. Pour les fonds d’infrastructure exposés au Royaume-Uni, la biodiversité passe ainsi du statut de simple case à cocher lors de l’autorisation à celui d’obligation continue et quantifiée, qui façonne l’emprise foncière, la conception et la gestion des sites sur le long terme.

Pourquoi le risque nature est structurellement plus difficile à gérer pour les fonds d’infrastructure que le seul risque climatique

Les fonds d’infrastructure font face à des difficultés qui se cumulent.

La localisation est primordiale, mais le vrai défi est l’homogénéité des données, pas l’existence des données. Les fonds d’infrastructure savent généralement où se trouvent leurs actifs. La vraie difficulté, c’est que la qualité et la couverture des données spatiales sont profondément inégales au sein d’un portefeuille. Un parc éolien en France peut disposer de données d’étude d’impact détaillées issues du processus d’autorisation. Un actif télécom acquis lors d’une transaction secondaire peut n’en avoir presque aucune. Sur un portefeuille de plus de 100 actifs répartis sur plusieurs géographies et types d’actifs, l’absence d’une couche de données homogène (par exemple des coordonnées spatiales cohérentes) rend l’agrégation du risque nature à l’échelle du portefeuille réellement difficile. Et des analyses de matérialité bâties sur des données d’entrée inégales produisent des résultats inégaux.

L’empreinte est en amont et invisible. La due diligence ESG standard se concentre sur les impacts opérationnels directs des actifs. Mais, comme indiqué, pour les infrastructures, les principaux impacts nature sont incorporés dans la chaîne d’approvisionnement — dans le ciment, l’acier, le cuivre et les polymères utilisés lors de la construction.

Des résultats difficiles à opérationnaliser. Une carte de chaleur de la sensibilité de la biodiversité à l’échelle d’un portefeuille est utile pour le reporting. Savoir ce qu’elle implique pour le plan de CAPEX d’un actif précis, son calendrier d’autorisation ou sa garantie de disponibilité est une tout autre question. La plupart des cartes de risque restent déconnectées des variables que les équipes infrastructure pilotent réellement — budgets de construction, contrats d’exploitation-maintenance (O&M), conditions d’assurance et jalons d’autorisation.

Les durées de détention amplifient les enjeux. Les actifs d’infrastructure sont généralement détenus de 10 à 30 ans. Les risques liés à la nature — intensification de la rareté de l’eau, durcissement des contraintes de pollution, dégradation des écosystèmes dans les bassins versants — sont susceptibles de se matérialiser et de se cumuler précisément sur cet horizon. Un risque qui paraît non significatif à l’acquisition peut devenir un risque d’actif échoué (stranded asset) en milieu de détention, au moment où se déterminent les valorisations de refinancement ou de cession. Il est donc essentiel d’appliquer des scénarios / stress tests nature aux actifs.

À quoi ressemble une approche pragmatique en pratique

Un cadre d’évaluation du risque nature passant à l’échelle pour les infrastructures n’exige pas d’inventaires écologiques pour chaque actif. Le point de départ, c’est le secteur/la technologie et la géographie — 2 données d’entrée dont les fonds disposent déjà.

Un screening à l’échelle du portefeuille. En combinant le type d’actif (éolien, solaire, routes, services aux collectivités, infrastructure numérique, eau) et la localisation géographique, il est possible de générer rapidement une carte de matérialité sur l’ensemble d’un portefeuille — en identifiant les points chauds par type de pression (usage des sols, dépendance à l’eau, pollution, sensibilité de la biodiversité) et en signalant les actifs les plus susceptibles de nécessiter une analyse approfondie. C’est l’équivalent, pour les infrastructures, du screening de matérialité sectoriel.

Des analyses approfondies au niveau de l’actif, hiérarchisées par priorité. Pour les actifs ressortant comme prioritaires, une analyse plus granulaire se justifie — en zoomant sur des couches spatiales spécifiques (par exemple proximité d’aires protégées, indices de stress hydrique, aires de répartition d’espèces sensibles, dépendance à la protection contre les inondations) et en estimant l’empreinte de la chaîne d’approvisionnement à partir des données de nomenclature (bill of materials) de l’actif. Cette analyse est la plus utile lorsqu’elle est menée au moment de la due diligence, en établissant une baseline suivie tout au long de la détention. Le risque nature évalué à l’acquisition devient une donnée de portefeuille.

Un reporting aligné sur les attentes des LP et du régulateur. Le résultat doit être exploitable : pour les publications PAI au titre de la SFDR, pour les analyses de double matérialité CSRD, pour la documentation DNSH de la Taxonomie et pour les liasses de reporting aux LP. Les fonds qui construisent leur méthodologie une seule fois, alignée sur les 3 cadres, évitent de refaire 3 fois le même travail analytique — et produisent une piste d’audit prête au contrôle plutôt qu’un patchwork d’évaluations ponctuelles.

L’argument commercial en faveur de l’action précoce

La gestion du risque nature dans les infrastructures n’est pas qu’un exercice de conformité. Les fonds qui se dotent tôt de cette capacité disposent d’un véritable avantage commercial.

Les attentes des LP évoluent rapidement. Les fonds de pension et les grands gérants d’actifs réclament de plus en plus des publications liées à la nature, au titre de leurs propres obligations SFDR, CSRD et article 29 de la LEC. Les fonds capables de fournir des données de risque nature crédibles, au niveau de l’actif, seront mieux positionnés en levée de fonds. Au-delà de la gestion des risques, les fonds capables de quantifier leurs impacts évités — en comparant un actif d’énergie renouvelable à une baseline fossile, ou un service d’eau sobre à un scénario « au fil de l’eau » — disposent d’un outil puissant d’engagement auprès des LP et de positionnement en finance verte. Les allégations d’impact évité fondées sur un scénario de référence solide et une méthodologie traçable distinguent de plus en plus une infrastructure verte crédible du greenwashing.

Les exigences de gain net de biodiversité (Biodiversity Net Gain) (pertinentes pour tout fonds exposé à des projets neufs au Royaume-Uni), déjà obligatoires pour les aménagements en Angleterre et en expansion en Europe, créent aussi des opportunités de création de valeur pour les fonds capables de démontrer des effets positifs sur la nature. Un actif solaire qui gère activement son foncier au profit de la biodiversité peut obtenir des tarifs plus élevés sur certains marchés. Un actif d’infrastructure de l’eau doté d’un programme documenté de protection du bassin versant porte un risque réglementaire plus faible et une licence sociale d’exploitation plus solide.

Le déficit de financement des infrastructures favorables à la nature est considérable. Défenses contre les inondations fondées sur la nature, infrastructures d’efficience hydrique, gestion durable des terres et restauration des écosystèmes représentent autant de classes d’actifs en croissance, à mesure que les cadres réglementaires créent la demande. Les fonds dotés de l’infrastructure analytique permettant d’évaluer et de tarifer le risque nature sont mieux placés pour sourcer et structurer ces opérations de façon crédible.

La fenêtre pour agir, c’est maintenant

Les fonds d’infrastructure disposent d’un avantage structurel que d’autres fonds n’ont pas : ils détiennent et exploitent directement des actifs physiques, ce qui leur donne accès à des données opérationnelles tout simplement inaccessibles aux gérants d’actions cotées. Ces données sont la matière première de l’évaluation du risque nature.

Le défi n’est pas l’accès à l’information. C’est de bâtir la capacité analytique permettant de la traduire en signaux de risque à l’échelle du portefeuille, reproductibles et prêts pour l’audit — avant que les régulateurs, les LP ou un litige d’autorisation en milieu de détention ne l’imposent.


Chez Darwin, nous aidons les fonds d’infrastructure et d’immobilier à évaluer les risques liés à la nature sur l’ensemble de leurs portefeuilles — du screening à l’échelle du portefeuille à partir du secteur, de la technologie déployée et de la géographie, jusqu’à l’analyse au niveau de l’actif alignée sur les exigences SFDR, CSRD et DNSH de la Taxonomie européenne. Réservez une démo pour en savoir plus.

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