La biodiversité devient rapidement un thème central de la finance durable. Autrefois périphérique au screening ESG, elle s’impose désormais comme une dimension centrale de la gestion du risque d’investissement et de l’identification des opportunités. Des grands fonds généralistes aux investisseurs à impact, la communauté financière commence à comprendre que la perte de biodiversité n’est pas qu’une préoccupation environnementale — c’est un risque business.
Dans cet article, nous explorons comment la biodiversité devrait être intégrée aux due diligences ESG et comment les investisseurs peuvent transformer ces évaluations en leviers actionnables. Nous avons illustré 2 cas différents : des due diligences ESG plus générales intégrant la biodiversité, et des due diligences biodiversité approfondies.
La due diligence biodiversité pour les fonds généralistes
Pour la plupart des fonds généralistes, la biodiversité est encore traitée comme une composante du « E » d’ESG au sens large, aux côtés du climat, de l’eau ou de la pollution. Elle devient pourtant rapidement un facteur de différenciation pour repérer les entreprises exposées au risque ou prêtes pour la transition. Ces fonds réalisent généralement une DD biodiversité assez généraliste.
Pourquoi inclure la biodiversité ?
- Gestion des risques. La perte de biodiversité amplifie les risques physiques et de transition. Les fonds cherchent désormais à identifier les entreprises exposées à la déforestation, à la rareté de l’eau ou à l’épuisement des ressources, et à quantifier leurs dépendances au capital naturel.
- Anticipation réglementaire. Des cadres comme la SFDR, l’article 29 de la LEC et la TNFD poussent les investisseurs à intégrer les données liées à la nature au niveau du fonds. Les pionniers commencent à collecter des métriques cohérentes pour préparer un reporting agrégé au niveau du fonds.
- Cartographie des opportunités. Au-delà du risque, la biodiversité ouvre des opportunités : les entreprises qui favorisent la restauration des écosystèmes, les matériaux circulaires ou l’agriculture durable sont de plus en plus attractives pour des portefeuilles favorables à la nature.
Que faut-il évaluer ?
La plupart des due diligences ESG comportent désormais une section de matérialité biodiversité — une première étape pour identifier les impacts et dépendances potentiels. Elle couvre généralement :
- La relation de l’entreprise aux services écosystémiques et aux pressions environnementales (usage des sols, pollution, eau).
- Les signaux d’alerte (red flags) tels que des sites proches d’aires protégées, une exposition à la déforestation ou à des intrants controversés comme les pesticides, ou un usage intensif de l’eau dans des régions en stress.
Comment ? De la donnée à l’analyse
Les questionnaires de DD traditionnels utilisés par les fonds reposent habituellement sur des questions génériques sur la biodiversité. Ils donnent une idée générale de l’exposition mais ne parviennent pas à saisir les impacts réels sur les écosystèmes. Les métriques dépendent souvent de proxys indirects qui disent peu de chose de la biodiversité locale.
Avec des outils comme Darwin, les DD biodiversité peuvent aller plus loin :
- Exploiter des données existantes et faciles d’accès — données financières et produits pour la matérialité sectorielle, combinées à la localisation des sites pour l’analyse spatiale.
- Croiser avec des jeux de données tiers disponibles sur la plateforme :
- Matières premières à haut risque (HICL, EUDR)
- Proximité d’aires protégées ou sensibles
- Fronts de déforestation
- Zones de stress hydrique
Résultat : une vision de l’exposition pilotée par la donnée, qui relie l’empreinte de l’entreprise à des risques et dépendances biodiversité concrets.
La due diligence biodiversité pour les fonds à impact
Pour les fonds à impact, la biodiversité n’est pas qu’un facteur de risque : elle fait partie de la thèse d’investissement elle-même. Ces fonds cherchent à démontrer que leur capital génère des effets positifs et mesurables pour la nature. La DD entre généralement dans un niveau de détail plus poussé.
Pourquoi aller plus loin ?
Si la motivation comprend toujours la gestion des risques et la préparation réglementaire, les investisseurs à impact y ajoutent une troisième dimension : la preuve d’impact. Ils doivent quantifier la manière dont leurs investissements contribuent à la restauration des écosystèmes, à un approvisionnement durable ou à la réduction de la pollution.
Que faut-il évaluer ?
- Les impacts négatifs, positifs et évités sur la biodiversité — en quantifiant à la fois les pressions et les bénéfices.
- Les leviers clés de progrès, tels que l’agriculture régénérative, la restauration des habitats ou la gestion durable de l’eau.
- Les KPI et feuilles de route d’impact, utilisés pour suivre les effets sur la biodiversité après l’investissement.
Comment ? De la donnée à l’action
En s’appuyant sur Darwin pour mener ce type de DD, l’approche consiste généralement à :
- Construire des baselines granulaires (c’est-à-dire des scénarios de référence).
- Localiser les zones d’impact positif telles que les projets de restauration ou les projets de transition de fournisseurs.
- Traduire les résultats en KPI opérationnels qui guident les participations et démontrent une amélioration mesurable dans le temps.
De la conformité à la stratégie
Que ce soit pour les fonds généralistes ou à impact, la due diligence biodiversité doit au final créer de la valeur — et pas seulement cocher une case. C’est pourquoi nous nous attachons à :
- Rester pragmatiques. S’appuyer sur des sources de données existantes telles que les bilans carbone, les rapports ESG ou les analyses de cycle de vie, plutôt que de tout réinventer.
- Relier la biodiversité à la réalité de l’entreprise. Connecter les indicateurs nature aux KPI financiers et opérationnels — de l’approvisionnement de la chaîne de valeur à l’innovation produit.
- Faire des DD des leviers stratégiques. Une empreinte biodiversité peut éclairer l’approvisionnement, les décisions de fusion-acquisition (M&A) et la résilience du fonds à long terme.
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