Dans le processus d’intégration de la biodiversité dans les décisions business et d’investissement, la localisation compte. Comprendre où votre organisation ou votre portefeuille recoupe les écosystèmes n’est pas seulement une attente réglementaire croissante — c’est une étape nécessaire vers des stratégies nature crédibles et actionnables. Et voici pourquoi, malgré une complexité inhérente, cela vaut la peine de bien le faire.
Pourquoi il est essentiel de localiser votre interface avec la nature
Lorsqu’on mesure une empreinte carbone, on peut souvent s’appuyer sur des données agrégées, car les émissions sont fongibles : 1 tonne de CO2 émise en Australie a le même effet sur le climat qu’1 tonne émise en France. Mais la biodiversité est intrinsèquement locale.
Les impacts et dépendances de votre entreprise vis-à-vis de la nature — et donc ses risques et opportunités — sont étroitement liés au lieu. Là encore, une exploitation de soja au Brésil et une exploitation de tomates en Provence peuvent toutes deux émettre du CO2, mais une seule menacera peut-être une espèce menacée ou une zone humide critique.
Par conséquent, dans les évaluations biodiversité, nous devons remonter les impacts jusqu’à leur origine physique : la forêt défrichée, le bassin versant ponctionné, le champ traité. Les pressions sur la nature doivent être spatialisées : il importe de savoir où la terre est utilisée, où les polluants aboutissent et où les espèces sont déplacées.
C’est pourquoi les principaux cadres nature comme la TNFD, la CSRD et la SBTN insistent tous fortement sur l’identification et la priorisation des interfaces avec la nature à partir du contexte propre à chaque localisation.
Pourquoi c’est complexe
Localiser votre interface avec la nature est essentiel — mais loin d’être simple. Le processus suppose de manier des données complexes, fragmentées et souvent indisponibles. Voici pourquoi :
Tout d’abord, la donnée nature est multidimensionnelle et rare
Les évaluations biodiversité doivent tenir compte des 5 pressions clés définies par l’IPBES : usage des sols, changement climatique, pollution, espèces invasives et exploitation des ressources. Chacune exige des jeux de données spatiales spécifiques (par exemple cartes de risque de déforestation, couches de stress hydrique), ce qui rend l’analyse à la fois techniquement dense et gourmande en données.
De plus, les chaînes de valeur sont souvent opaques et mondiales. Les pressions peuvent survenir bien au-delà des opérations directes — en amont ou en aval, à travers les juridictions, et avec des standards de données très hétérogènes. Cartographier les impacts biodiversité revient à relier les pressions à des géographies précises, ce qui est particulièrement difficile sans données de traçabilité cohérentes. Les données de provenance sont rarement disponibles au-delà des fournisseurs de rang 1 (Tier 1). Remonter les matières premières jusqu’à leur origine — qu’il s’agisse d’une exploitation agricole, d’une mine ou d’un champ — demeure un goulet d’étranglement majeur pour la plupart des entreprises et institutions financières.
Ensuite, les outils existants sont généralement inadaptés
Les outils SIG traditionnels sont puissants, mais lents et techniques, ce qui les rend peu adaptés aux non-spécialistes.
Ils exigent souvent un croisement manuel de dizaines de couches spatiales, manquent d’automatisation pour les évaluations à l’échelle de la chaîne de valeur, et n’intègrent fréquemment pas les jeux de données propres à la biodiversité.
En bref, ils produisent des enseignements fragmentés plutôt qu’une vision cohérente des risques et impacts liés à la nature.
Concentrez vos efforts là où cela compte : ce que recommandent les principaux cadres
Les principaux cadres nature demandent aux entreprises d’évaluer leurs dépendances, sensibilités et impacts sur l’ensemble de leurs actifs et d’identifier les zones d’action hautement prioritaires. L’idée est d’identifier à la fois les localisations sensibles et les localisations matérielles.
Le cadre LEAP de la TNFD
Le cadre LEAP de la TNFD fournit les orientations les plus claires sur la manière de localiser votre interface avec la nature. La phase « L » — Locate (Localiser) — est conçue pour aider les organisations à filtrer et hiérarchiser les endroits où les enjeux liés à la nature sont susceptibles d’apparaître.
L1. Étendue du modèle d’affaires et de la chaîne de valeur : identifier les activités par secteur, chaîne de valeur et géographie. Où se situent les opérations directes et les nœuds clés en amont/aval ?
L2. Screening des dépendances et des impacts : quels secteurs et localisations présentent des dépendances ou impacts liés à la nature modérés à élevés ? Quels sont vos sites « matériels », et où se trouvent-ils ?
L3. Interface avec la nature : cartographier les localisations où les dépendances/impacts recoupent des écosystèmes ou des biomes (par exemple mangroves, récifs coralliens, tourbières).
L4. Interface avec les zones sensibles : prioriser les activités physiquement situées dans ou à proximité de zones écologiquement sensibles. Quels sont vos sites « sensibles », et où se trouvent-ils ?
Les localisations sensibles sont définies par la présence d’un ou plusieurs des critères suivants :
- Zones importantes pour la biodiversité — régions cruciales pour la survie de diverses espèces
- Zones à haute intégrité écosystémique — écosystèmes relativement peu perturbés et fonctionnant naturellement
- Zones de déclin rapide de l’intégrité écosystémique — régions où les écosystèmes se détériorent rapidement, sous l’effet de facteurs comme la déforestation
- Zones à forts risques physiques liés à l’eau — localisations confrontées à des défis hydriques importants
- Zones importantes pour la fourniture de services écosystémiques — espaces qui fournissent des services essentiels comme la pollinisation, y compris des bénéfices pour les peuples autochtones, les communautés locales et les parties prenantes
La TNFD recommande de recourir à certains jeux de données pour aider à identifier les localisations sensibles : World Database on Protected Areas (WDPA), Zones clés pour la biodiversité (KBA), sites Ramsar, réserves de biosphère de l’UNESCO, sites Natura 2000 et autres zones d’importance écologique reconnue. Ces jeux de données de référence sont donnés à titre d’exemple ; les localisations sensibles ne sont pas définies spécifiquement par référence à un jeu de données.
L’ESRS E4 de la CSRD
La CSRD, via la norme ESRS E4, va un cran plus loin en exigeant la publication de :
- Le nombre et la superficie des sites situés dans ou à proximité de zones sensibles pour la biodiversité ;
- La nature des activités qui s’y déroulent ;
- Les actions engagées pour réduire la pression ou restaurer les écosystèmes.
La CSRD définit précisément ce qui doit être considéré comme une « zone sensible pour la biodiversité » : « Les zones sensibles pour la biodiversité sont le réseau de sites protégés Natura 2000, les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, les Zones clés pour la biodiversité (KBA), ainsi que d’autres aires protégées reconnues à l’échelle nationale ou internationale. »
Les Science-Based Targets for Nature (SBTN)
Le cadre SBTN exige également des entreprises qu’elles :
- Cartographient leur interface avec la nature à partir de la matérialité (pression × exposition), à l’étape 1.
- Priorisent les localisations pour la fixation d’objectifs et l’action, en particulier là où les pressions sont fortes et dans les écosystèmes protégés et sensibles, à l’étape 2.
Le règlement Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR)
Au titre de la SFDR, l’indicateur d’incidence négative principale (PAI) n° 7 traite spécifiquement des risques biodiversité — et requiert un certain niveau de compréhension spatiale pour évaluer l’exposition.
Le PAI n° 7 oblige les institutions financières à déterminer si leurs participations possèdent des sites ou des opérations situés dans ou à proximité de zones sensibles pour la biodiversité. La SFDR ne définit pas ce terme avec une précision totale dans le règlement lui-même, mais les orientations associées renvoient à des standards reconnus de cartographie de la biodiversité, en cohérence avec d’autres cadres de l’UE comme la CSRD.
Globalement, les 4 cadres s’accordent largement sur l’importance de la localisation — avec des différences mineures dans la rigueur avec laquelle ils définissent les « zones sensibles ».
Comment Darwin vous aide à localiser et à évaluer
Chez Darwin, nous avons construit une plateforme qui permet aux entreprises et aux institutions financières de localiser, cartographier et évaluer rapidement leurs interfaces avec la nature — que ce soit via les opérations directes ou les chaînes de valeur.
Ce qui rend notre module d’analyse spatiale unique :
- Il relie des données géospatiales au niveau du site (ce site est-il situé dans une zone sensible ? Ce site est-il « sensible » ?) à des données d’empreinte granulaires (ce site est-il important pour nous ? Ce site est-il « matériel » ?). Il vous permet en somme de mener en parallèle les phases Locate (Localiser) et Assess (Évaluer) de LEAP.
- Vous pouvez superposer des milliers d’actifs ou de localisations de fournisseurs à plus de 50 couches nature mondiales, couvrant l’état de la nature, les aires protégées, les principales pressions, les risques physiques, etc.
Que vous prépariez une publication CSRD, fixiez des objectifs via la SBTN ou bâtissiez une stratégie nature alignée sur la TNFD, Darwin vous permet d’ancrer votre démarche dans la réalité spatiale — là où cela compte le plus. Nous avons intégré la donnée spatiale à chaque étape du projet, des analyses de matérialité à l’analyse au niveau du site.
Le reporting nature exige une spécificité au niveau du site. Cessez de vous appuyer sur des données de haut niveau et utilisez la plateforme Darwin pour évaluer et déclarer vos impacts biodiversité avec la précision géographique nécessaire.
Que vous prépariez une publication CSRD, fixiez des objectifs SBTN ou bâtissiez une stratégie nature alignée sur la TNFD, Darwin vous aide à localiser et évaluer vos interfaces avec la nature, avec la précision géographique qu’exigent ces cadres. Réservez une démo pour le voir sur vos propres sites et votre chaîne de valeur.